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allain christophe

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Clairvoyant co fondateur d'ACTE ET SENS.


L’argent, la vie et les autres

Publié par Carine Allain sur 26 Septembre 2026, 15:16pm

Vous avez de quoi vivre, et pourtant l’argent reste une source d’inquiétude. Vous mettez de côté, vous anticipez, vous prévoyez… mais cela ne suffit pas toujours à vous rassurer.

Parce qu’au fond, la peur du manque ne parle pas forcément d’argent.

Elle peut parler de sécurité, de confiance, de la façon dont vous vous sentez dans le monde, de votre rapport aux autres, et parfois même de votre capacité à croire que vous saurez faire face si quelque chose change.

L’argent devient alors bien plus qu’un moyen d’échange. On lui demande de rassurer, de protéger, de garantir l’avenir. On finit par lui donner une place qu’il ne peut pas réellement occuper.

Et si le problème n’était pas la quantité d’argent que vous possédez, mais ce que vous attendez de lui ?

L’argent reste un outil

Nous avons facilement tendance à associer l’argent à la sécurité.

Sans argent, je ne peux pas vivre.
Sans réserve, je prends un risque.
Si je dépense trop, je peux manquer plus tard.

Ces raisonnements ont évidemment une part de réalité. Nous avons besoin d’argent pour nous loger, manger, nous déplacer, nous soigner et répondre à un certain nombre de besoins.

Mais il existe une différence entre utiliser l’argent pour organiser sa vie et attendre de lui qu’il nous garantisse que rien de difficile n’arrivera.

Cette garantie n’existe pas.

L’argent peut faciliter beaucoup de choses. Il peut donner de la marge, permettre des choix, apporter du confort. Mais il ne peut pas supprimer l’imprévu, empêcher toutes les pertes ni assurer à lui seul notre sentiment de sécurité.

C’est là que notre rapport à l’argent devient parfois disproportionné : nous lui demandons de nous protéger de la vie elle-même.

L’argent est fait pour circuler

L’argent n’a de sens que parce qu’il circule.

Vous gagnez de l’argent parce que quelqu’un vous rémunère. Vous le dépensez auprès d’une autre personne ou d’une entreprise. Il passe d’une main à l’autre, permettant des échanges, des projets, des services, des expériences.

Il n’est pas fait pour être totalement immobile.

Bien sûr, mettre de côté peut être raisonnable. Prévoir l’avenir aussi. Mais lorsque conserver devient plus important que vivre, quelque chose se déséquilibre.

On peut finir par consacrer beaucoup d’énergie à préparer un futur hypothétique, au point de ne plus vraiment profiter du présent.

La question n’est donc pas : faut-il dépenser ou économiser ?

Elle est plutôt : quelle place est-ce que je donne à l’argent dans ma vie ?

Est-il un moyen au service de mes choix ou est-il devenu celui qui décide à ma place ?

Survivre et vivre ne sont pas tout à fait la même chose

Une grande partie de nos peurs est liée à la survie.

Avoir suffisamment pour manger.
Pouvoir se loger.
Être en sécurité.
Pouvoir faire face à l’essentiel.

Ces besoins sont fondamentaux.

Mais lorsque ces besoins sont couverts, quelque chose d’autre devient possible : vivre.

Vivre, c’est aussi avoir du plaisir, découvrir, partager, créer, voyager, tenter quelque chose, changer d’avis, prendre parfois un risque raisonnable.

Et pourtant, certaines personnes restent intérieurement en mode survie même lorsqu’elles disposent objectivement de suffisamment.

Elles continuent de se préparer à un manque qui n’est pas là.

Elles accumulent, anticipent et repoussent certaines envies à plus tard.

Pas nécessairement parce qu’elles ne peuvent pas se les permettre, mais parce qu’une partie d’elles n’arrive jamais vraiment à se dire : « C’est bon. Je peux vivre maintenant. »

S’autoriser à profiter de ce qui existe déjà

Il arrive aussi que nous ayons du mal à profiter de ce que nous avons construit.

Comme s’il fallait encore travailler davantage, atteindre un autre objectif, mettre encore un peu de côté avant d’avoir enfin le droit de souffler.

Le problème, c’est que ce moment peut sans cesse reculer.

Il y aura toujours un autre imprévu possible, une autre précaution à prendre, une raison supplémentaire d’attendre.

À un moment, il devient nécessaire de se demander si l’on prépare l’avenir… ou si l’on reporte simplement la vie.

Cela ne signifie pas devenir imprudent.

Cela signifie accepter que profiter de ce que l’on a fait aussi partie d’une vie équilibrée.

Un repas que l’on apprécie, un voyage, du temps avec ceux que l’on aime, une activité, un projet personnel : tout cela n’est pas nécessairement de l’argent « perdu ».

C’est parfois simplement de l’argent transformé en expérience de vie.

Notre rapport à l’argent parle aussi de notre rapport aux autres

L’argent n’existe pas en dehors des relations humaines.

Sa valeur repose entièrement sur le fait que nous vivons ensemble, que nous échangeons et que nous dépendons les uns des autres.

Mais les liens humains, eux, ne se construisent pas uniquement autour de ce que chacun apporte matériellement à l’autre.

Ils se construisent surtout à travers ce que nous vivons ensemble.

Une émotion partagée, une difficulté traversée, un rire, un projet, une peur, un moment important, quelque chose qui nous touche au même endroit. C’est cela qui crée progressivement de l’attachement, de la confiance et un sentiment d’appartenance.

Pendant très longtemps, la place de chacun a été largement définie par les groupes auxquels il appartenait.

La famille, le clan, le village, puis l’entreprise, la société, les groupes d’amis. Même la cour de récréation nous apprenait déjà quelque chose de cela : chacun y trouvait une place, un rôle, des alliances, des limites.

Le groupe disait en partie qui vous étiez, ce que l’on attendait de vous, ce que vous pouviez faire ou non, jusqu’où vous pouviez sortir du cadre.

Ce fonctionnement pouvait être pesant, parfois même enfermant. Mais il donnait aussi une place, des repères et un sentiment d’appartenance.

Depuis quelques années, cette organisation évolue fortement.

Le groupe a perdu une partie de son pouvoir. Les individus revendiquent davantage leur autonomie, choisissent plus librement leurs relations, leurs modes de vie, leurs valeurs, leur manière de travailler ou d’aimer.

Cette liberté est importante.

Mais elle a aussi une conséquence : lorsque les groupes structurent moins fortement nos vies, les liens ne se créent plus automatiquement.

Il faut aller les construire.

Quand les relations deviennent des calculs

Dans le même temps, beaucoup de personnes vivent de plus en plus isolées.

On communique énormément, mais cela ne signifie pas forcément que l’on partage réellement davantage.

On échange des messages, des informations, des opinions, parfois des images de soi, mais moins souvent des expériences suffisamment fortes pour créer un lien profond.

Or, lorsque l’on vit moins d’émotions ensemble, les relations peuvent progressivement devenir plus fonctionnelles.

On commence à les regarder autrement :

Qu’est-ce que cette personne m’apporte ?
Qu’est-ce qu’elle me coûte ?
Est-ce que cette relation me sert ?
Est-ce qu’elle me prend trop d’énergie ?

Petit à petit, la relation peut devenir une sorte de bilan comptable.

On ne choisit plus seulement quelqu’un parce que l’on aime ce que l’on vit avec lui, mais en fonction de ce que chacun peut apporter à l’autre.

Et à partir du moment où cette logique s’installe, une autre croyance peut apparaître : pour être aimé, pour être entouré ou pour avoir une place, il faut avoir beaucoup à donner.

De l’argent.

Du temps.

Des compétences.

Des contacts.

Du statut.

Des services.

Quelque chose qui justifierait que l’autre reste.

Et si vous n’aviez pas besoin de « mériter » vos relations ?

Cette manière de voir les relations crée une pression considérable.

Si je pense que les autres sont avec moi pour ce que je leur apporte, je vais naturellement chercher à augmenter ma valeur.

Je vais vouloir avoir davantage.

Plus d’argent.
Plus de réussite.
Plus de compétences.
Plus de reconnaissance.
Plus de choses à offrir.

Et, presque sans m’en rendre compte, je peux finir par croire que ma sécurité relationnelle dépend de ma capacité à rester utile ou intéressant.

Pourtant, les liens les plus solides ne se construisent pas nécessairement ainsi.

Nous ne restons pas proches de certaines personnes parce qu’elles ont beaucoup à nous donner.

Nous restons proches parce que quelque chose se passe lorsque nous sommes ensemble.

Parce que nous rions.

Parce que nous nous comprenons.

Parce que nous partageons une façon de regarder le monde.

Parce que nous avons traversé certaines choses ensemble.

Parce que nous avons envie de vivre certaines expériences côte à côte.

Le lien ne naît pas uniquement de ce que deux personnes possèdent.

Il naît surtout de ce qu’elles vivent ensemble.

La peur d’avoir besoin des autres

C’est aussi pour cette raison que la peur du manque peut parfois cacher une autre inquiétude :

si un jour je n’arrive plus à faire face seul, est-ce que quelqu’un sera là ?

Certaines personnes ont appris très tôt qu’il valait mieux ne dépendre de personne.

Elles ont développé une grande autonomie, parfois une grande capacité à gérer seules les difficultés.

Mais cette autonomie peut aussi devenir une forme de protection.

On garde de l’argent de côté pour ne jamais avoir besoin de demander.

On prévoit beaucoup pour ne dépendre de personne.

On s’organise de façon à ne jamais être vulnérable.

Et derrière la peur financière, il peut alors exister une autre peur : celle d’avoir besoin des autres.

Si, en plus, nous avons appris à considérer les relations comme des échanges où chacun doit apporter suffisamment, alors l’idée même de dépendre un jour de quelqu’un peut devenir angoissante.

Que pourrai-je lui donner en retour ?

Est-ce que je vaudrai encore quelque chose si j’ai besoin d’aide ?

Est-ce qu’il restera si je n’ai plus rien à lui apporter ?

L’argent devient alors une façon de s’assurer de ne jamais avoir à poser ces questions.

S’isoler et chercher à accumuler

Dans ce contexte, il devient presque logique que certaines personnes choisissent progressivement une autre stratégie.

Puisque les relations semblent compliquées, incertaines ou coûteuses émotionnellement, elles préfèrent miser sur ce qu’elles pensent pouvoir contrôler.

Le travail.

La réussite.

L’argent.

Le patrimoine.

Elles investissent leur énergie dans le fait d’avoir suffisamment pour ne dépendre de personne.

Elles tentent de construire une sécurité matérielle tellement forte qu’elle pourrait remplacer la sécurité relationnelle.

Mais cette stratégie a une limite.

On peut réussir financièrement et continuer à se sentir seul.

On peut disposer de tout ce dont on a besoin matériellement et ne pas savoir avec qui partager ce que l’on vit.

On peut avoir réussi à ne dépendre de personne… et découvrir qu’on ne se sent réellement proche de personne non plus.

Il existe pourtant une autre possibilité.

Au lieu de chercher principalement ce que les autres peuvent nous apporter, nous pouvons commencer par chercher ce que nous avons envie de vivre.

Puis rencontrer des personnes qui ont envie de vivre des choses proches.

Partager un projet.

Une passion.

Une façon de penser.

Une aventure.

Une émotion.

Une expérience.

C’est souvent ainsi que les liens les plus naturels se créent : non pas parce que chacun a évalué l’intérêt de l’autre, mais parce que deux personnes ont envie d’être présentes dans une même expérience.

Nous ne sommes jamais complètement seuls

Notre société valorise beaucoup l’indépendance.

Mais dans la réalité, aucun être humain ne construit sa vie seul.

Nous dépendons constamment des autres : pour nous nourrir, nous soigner, apprendre, travailler, habiter quelque part, nous déplacer, évoluer.

Nous sommes déjà reliés les uns aux autres.

Et lorsque la vie devient difficile, l’aide ne vient pas toujours de là où nous l’avions imaginée.

Elle peut venir d’un proche, d’un ami, d’un collègue, d’une rencontre, d’une structure, parfois même d’un inconnu.

Cela ne veut pas dire qu’il faut vivre dans l’attente que les autres nous sauvent.

Cela signifie simplement reconnaître que l’autonomie absolue est une illusion.

Pouvoir compter sur soi est précieux.

Pouvoir compter parfois sur les autres l’est tout autant.

Ce que l’argent ne remplacera jamais

L’argent peut acheter du confort, du temps, des services, parfois même une certaine tranquillité.

Mais il existe des choses auxquelles il n’a pas accès.

Une relation sincère.
La confiance.
L’affection.
La présence de quelqu’un lorsqu’une période devient difficile.

On peut payer quelqu’un pour être là. On ne peut pas acheter le fait qu’il ait réellement envie de l’être.

Et lorsque l’argent commence à servir de protection contre toute forme de dépendance affective ou humaine, il ne résout pas forcément la peur. Il peut simplement la déplacer.

La vraie question devient alors : est-ce que je me sens suffisamment en sécurité dans mes relations pour accepter de ne pas tout contrôler ?

Et surtout : est-ce que je choisis encore mes relations en fonction de ce que j’ai envie de vivre avec les autres, ou en fonction de ce que chacun peut apporter ?

La sécurité ne vient pas uniquement de l’extérieur

Il existe encore une autre dimension.

Même entouré, même avec de l’argent, même avec une situation confortable, il reste possible de se sentir profondément en insécurité.

Parce que la sécurité extérieure ne suffit pas toujours lorsqu’on ne se sent pas solide intérieurement.

L’amour et la reconnaissance des autres sont importants. Mais ils ne peuvent pas remplacer entièrement la façon dont nous nous considérons nous-mêmes.

Si notre valeur dépend constamment du regard extérieur, nous restons vulnérables.

Et si nous croyons qu’il faut sans cesse donner davantage pour conserver nos relations, nous restons tout autant dépendants du regard des autres.

À l’inverse, lorsque nous développons une relation plus stable avec nous-mêmes, quelque chose change.

Nous n’avons plus autant besoin de prouver notre valeur.

Nous pouvons davantage choisir les relations pour ce que nous avons réellement envie d’y vivre.

Nous commençons aussi à comprendre que, quoi qu’il arrive, nous resterons capables de nous accompagner dans ce que la vie nous demandera de traverser.

C’est probablement là qu’apparaît une forme de sécurité plus profonde.

Pas la certitude que rien ne changera.

Mais la confiance que nous saurons nous adapter, créer de nouveaux liens, demander de l’aide lorsque ce sera nécessaire et continuer à avancer.

Accepter que la vie bouge

Nous cherchons souvent à créer de la stabilité dans un monde qui, par définition, change sans cesse.

Les relations évoluent.

Le corps change.

Le travail change.

Les projets changent.

Notre situation financière elle-même peut changer.

Vouloir construire une sécurité totalement immobile revient donc à demander à la vie de ne plus bouger.

Mais la vie est précisément mouvement.

Il ne s’agit pas de renoncer à toute sécurité ou à toute anticipation. Il s’agit plutôt d’accepter qu’aucune organisation ne pourra supprimer complètement l’incertitude.

Et peut-être que la vraie liberté commence à cet endroit-là : lorsque nous cessons de vouloir garantir chaque étape avant de nous autoriser à avancer.

Vivre suppose aussi d’accepter que tout a une fin

Parler de la vie conduit forcément, à un moment ou à un autre, à parler de la mort.

Non pas de manière sombre, mais simplement parce que l’une donne sa valeur à l’autre.

Si notre temps était infini, nous pourrions toujours remettre à plus tard.

Les voyages.

Les projets.

Les rencontres.

Les décisions.

Les plaisirs.

Mais notre temps ne l’est pas.

Accepter cela peut modifier profondément notre manière de regarder ce que nous possédons.

L’argent que nous accumulons peut préparer demain.

Mais il ne doit pas nous faire oublier aujourd’hui.

Car au bout du compte, notre vie ne se mesure pas uniquement à ce que nous avons réussi à conserver.

Elle se mesure aussi à ce que nous avons vécu, aux émotions que nous avons traversées et aux liens que ces expériences ont créés avec les autres.

Et si la question n’était finalement pas l’argent ?

La peur du manque peut parfois être très rationnelle. Dans certaines situations, les difficultés financières sont réelles et nécessitent des décisions très concrètes.

Mais lorsque cette peur demeure alors que les besoins sont couverts, elle mérite peut-être d’être regardée autrement.

Que cherchez-vous réellement à protéger ?

Votre niveau de vie ?

Votre indépendance ?

Votre sentiment de sécurité ?

La peur d’avoir besoin de quelqu’un ?

La peur de perdre ce que vous avez construit ?

La peur de ne plus avoir suffisamment à donner pour conserver votre place auprès des autres ?

Ou simplement la difficulté à accepter que la vie ne puisse jamais être totalement maîtrisée ?

Peut-être aussi pouvons-nous nous poser une autre question :

Qu’est-ce que j’ai réellement envie de vivre, et avec qui ai-je envie de le partager ?

Parce qu’au fond, créer du lien ne consiste peut-être pas à devenir suffisamment riche, utile ou intéressant pour que les autres aient envie de rester.

Il s’agit peut-être beaucoup plus simplement de trouver des personnes avec lesquelles nous avons envie de vivre quelque chose.

L’argent retrouve alors sa juste place.

Il peut nous permettre de faire certaines choses, d’accéder à certaines expériences, de faciliter notre quotidien.

Mais il ne crée pas à lui seul ce qui donne réellement de la valeur à ces expériences.

Ce sont les émotions que nous y vivons.

Les personnes avec lesquelles nous les partageons.

Et les liens qui naissent de tout cela.

L’argent peut participer à la vie.

Il ne peut pas la remplacer.

 

 

Christophe Allain (www.acte-et-sens.com)
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